Morceaux choisis de la Lettre de l'Escoleta
L'EVALUATION A L'ESCOLETA...
- Il est question depuis longtemps
dans les réunions de bureau comme dans les séminaires,
d'évaluer ce que nous faisons.
Ce simple mot peut prendre des sens variés selon l'usage
qui en est fait (Ex: Valere = extraire la valeur, coût
ou rapport chiffré, sens, intérêt, qualité).
Je n'ai pas le moindre souvenir que ce mot ait été
prononcé au cours de mes études: évaluer
le travail du médecin allait donc de soi, le diplôme
étant le garant à la la fois de ses prestations
et de leur coût.
L'évaluation de l'étudiant était simple:
les notes aux examens, la fréquentation des couloirs,
puis des chambres d'hôpital suffisait à attester
de nos qualités.
La durée des études était en fait un critère
essentiel, comme le reflète l'archaïque hiérarchie
des honoraires, proportionnels à ce qu'était la
durée des études initiales, il y a trente ans.
La technique médicale, l'accès à un discours
surabondant sur la médecine, le souci de la société
de certains schémas idéals de santé, mais
aussi une trop tardive conscience que le champ médical
s'était élargi, que l'efficacité entraînait
une contrepartie d'exigences, ont amené une évaluation
de la médecine par les usagers, souvent sur des critères
discutables, avec l'influence insistante de vecteurs d'opinion
imposant leurs critères de jugement.
Parallèlement s'imposait pour le financeur, un autre type
d'évaluation selon les critères de plénitude
et - de plus en plus - de vacuité financière.
Dernier maillon de cette construction, le médecin est
désormais contraint à penser en termes d'évaluation:
l'actualité est à l'évaluation quantitative
et financière, mais peu à peu nous nous convainquons
de la nécessité d'apprécier la qualité
de notre travail, aux plans technique, relationnel, du rapport
efficacité/coût, et de mesurer épisodiquement
nos compétences.
C'est une nouvelle dimension de la culture professionnelle médicale
qui se présente à nous, venue de l'extérieur,
et que nous avons pour tâche évidente d'intégrer
au plus vite.
Réfléchissons donc au sein de l'ESCOLETA, aux sens
et aux moyens de nous évaluer, sous forme de séminaires,
de soirées, d'audits.
Nous commençons à construire une évaluation
de notre travail de formation continue, avec les questionnaires
que nous remplissons dans la semaine qui suit chaque séance;
un questionnaire spécifique est remis aux intervenants;
il en résulte une fiche mensuelle, adressée aux
organisateurs de la séance et à l'expert; puis
une récapitulation annuelle, le tout permettant de connaître
le degré de statisfaction selon des critères qui
pourront ensuite guider la construction de chaque séance.
Les séances de formation pratique du matin, au sujet desquelles
les avis sont partagés, feront l'objet d'une évaluation
spécifique.
Ainsi, pourrons nous, à partir de 1999, construire notre
formation sur des bases plus précises et mieux adapter
le fonctionnement de notre association aux besoins de chacun
et à l'évolution professionnelle
François
COHEN
LORS D'UNE DOULOUREUSE NUIT D'ETE
- C'est le mois de Juin, il a fait
très chaud, très lourd et maintenant que l'air
devient respirable, les habitants de mon village ouvrent leurs
fenêtres, décroisent leurs volets, sortent les chaises,
les arrosoirs, les ballons et recommencent à parler, à
jouer, à arroser après une après midi écrasante.
J'ai fini ma consultation à l'aide de deux ventilateurs,
en me douchant trois fois entre 16 et 22h.
Il est 23h, j'attaque la corbeille de fruits quand la fillette
sonne à la maison: "venez vite, l'ami de maman est
en train de mourir". Installés depuis peu, deux maisons
plus loin, cette jeune aide soignante en psychiatrie vit avec
une petite Sabrina tristounette et un homme au regard fixe, un
peu inquiétant.
J'attrape ma sacoche, passe devant notre voisin commun qui lave
sa voiture en maillot de bain pour profiter des éclaboussures
et pénètre dans la maison Phénix prématurément
vieillie où Daniel est allongé sur le lit, étendu,
trémulant, raide, le regard fixé au plafond. Elle
me dit qu'il est comme cela depuis plus d'une heure et qu'il
se sent très mal; je l'examine consciencieusement, la
moiteur de ma chemise devient pénible, il ne s'exprime
pas et je sens bien que j'ai tort de lui dire qu'il n'a rien
de grave, rien de mortel, qu'il est tendu, nerveux, que c'est
la chaleur, qu'il a du être contrarié...
C'est alors qu'il se relève d'un bond, empoigne sa femme,
et commence à la malmener: "Tu vois bien ce que dit
le docteur, c'est de ta faute si je suis malade", et il
continue à la secouer de plus en plus fort. Fatigué,
inconscient... et chevaleresque, je m'interpose entre eux, et
je ne tarde pas à me retrouver les quatre fers en l'air
au fond du couloir, le visage assorti de coups de griffures et
la bouche en sang.
Cette thérapeutique ajustée a calmé le malade
qui est redevenu très souple pour se faufiler dans les
combles de la petite maison, où il doit faire très
chaud. Au lieu de me secourir, sa femme s'échappe dans
la rue en criant quelquechose du genre: "il va tuer le docteur!"...
Sabrina m'aide à me "rassembler", mon voisin
mouillé grommelle des mots de vengeance tout en détordant
mes lunettes, puis s'avise de l'effet que la vue de mon visage
peut avoir sur le dessert de mon épouse: il me précède
chez moi pour la préparer.
Après une courte nuit dominée par l'incompréhension
du geste j'essaie d'aller aux nouvelles: personne ne répond,
mais la maison n'est pas vide. Un coup de fil à l'hôpital
psychiatrique me permet d'apprendre que Daniel y est connu, qu'il
y a déjà fait des séjours, qu'il y a rencontré
sa compagne et que leur mise en couple a rassuré tout
le monde au point de fortement relâcher le suivi spécialisé.
Le psychiatre me conseille de porter plainte pour coups et blessures
volontaires, mais n'évoque pas clairement la nécessité
d'un placement d'office; c'est la présence de la fillettte
qui m'incite à établir le certificat le lendemain
après midi.
Il fait toujours aussi chaud, la sous préfecture et la
mairie sont assoupies et c'est trois jours après que les
gendarmes, bonasses, se pointent.
Le premier coup de fusil réveille tout le monde, Daniel
commence son "Fort Chabrol", sa femme s'échappe
par une porte discrète et vient directement dans ma salle
d'attente me demander d'intervenir car il veut se suicider: les
clients présents, impressionnés par ma gueule de
boxeur, manifestent contre une deuxième prise de risque,
certains m'escortent jusqu'au responsable de la gendarmerie pour
exiger une protection efficace. De toute façon, Daniel
est enfermé, menace de tirer puis de se suicider quand
il reconnaît la voix de sa femme... et il est 17h, alors
que dehors l'atmosphère chauffe entre pompiers, gendarmes,
sous préfet au téléphone et villageois contenus
à l'écart.
Le dénouement viendra de l'équipe d'intervention
de l'Hôpital psychiatrique: 2 infirmiers spécialisés
au format et à la tenue de champions, très calmes,
très feutrés, accompagnés d'un petit interne
rigolo, profitent d'une diversion pour pénétrer
dans la maison. Ils connaissent Daniel. Ils m'appellent dès
qu'ils sont dans la chambre: Comme le premier soir, tendu, raide
sur le lit, le regard fixe, habillé d'un tume noir avec
cravate, l'arme à la main, bien tenue par l'un des infirmiers
qui lui parle comme à un copain retrouvé: "Chapeau
les gars on est passé pas loin". C'est alors que
j'apprends que Daniel a déjà tué deux personnes
à l'arme blanche, qu'il n'a pas été condamné
pour raisons psychiatriques, que c'est la 1ère fois qu'il
parle suicide et fait une telle mise en scène. C'est quand
les gendarmes pénètrent pour les constatations
d'usage que je réalise que Sabrina est toujours là.
Je suis certain qu'elle n'a pas quitté la maison depuis
tous ces jours, elle n'a l'air ni gaie, ni triste, sa mère
n'est pas là.
Un an plus tard j'ai le coeur un peu secoué quand je vois
Daniel dans la salle d'attente. Personne ne le reconnait, il
passe à son tour, il vient me remercier d'avoir retiré
ma plainte. Il vit toujours avec son aide soignante et sa fille.
Il se sent mieux sous neuroleptiques et parle même de retravailler.
Je lui dois mon unique couronne dentaire; j'ai souffert physiquement,
j'aurais aimé lui expliquer que ce n'était pas
moi qu'il fallait frapper. Peut on dire que la violence institutionnelle
est pire que l'individuelle? Je ne sais pas très bien
et j'aimerais revois Sabrina pour savoir ce qu'elle en pense...
Bernard
SENET
-
- LES DIFFICULTES SOCIALES DES PATIENTS:
NOTRE PLACE
(SEANCE
DU 12/01/1999)
- Cette séance préparée
par Michel CADART et Philippe REGARD, s'est réalisée
avec Mme Pascale BALOGE (CCAS d'Avignon) et de trois représentants
de la cellule ACCES de la CPAM du Vaucluse
- - CCAS: Pascale BALOGE
est accompagnante à l'intégration des RMistes au
Centre Communal d'Action Sociale d'Avignon
- - Cellule ACCES, Accueil
Contre l'Exclusion Sociale, créée à l'initiative
du CA de la CPAM de Vaucluse en Juillet 98: Mrs Louis ROUVIERE,
Michel CORDILLAC et Joël MEYNARD
- Trois cas simulés plus
un cas "jocker" ont été proposés
aux participants avant la séance:
- CAS N°1:
- Virginie D., 13
ans, vient pour une demande de dispense d'éducation physique.
Vous la questionnez, et vous comprenez qu'il n'y a plus d'argent
dans la famille. En fait de famille, elle vit avec sa mère
et ses deux soeurs cadettes. Les repas sont sautés, et
sa maman lui a conseillé de venir vous voir pour "s'économiser".
Le téléphone et l'électricité sont
coupées. La maman est en attente de la pension des pères
et des allocations qui sont en retard du fait des grèves.
En questionnant un peu plus profondément, vous comprenez
que la mère a peur du recours au secteur social (conflits
ancien avec l'AS du quartier qui "voulait" placer la
plus jeune soeur...), et qu'elle ne veut pas demander de secours.
- CAS N°2:
- Mme Véronique
W., 27 ans, est une femme seule qui vient d'arriver avec son
enfant dans votre ville, adressée par un service d'accueil
d'urgence pour femmes battues du Maine et Loire, dans un foyer.
Elle ne connaît pas la ville. Le foyer vous l'adresse pour
effectuer l'examen des 2 ans de l'enfant.
- * Bien sûr
elle n'a pas un rond, et pas d'"étiquette" non
plus.
* Elle est "ayant droit" de son mari. Elle ne veut
surtout pas qu'il apprenne dans quelle ville elle est.
* Elle a déposé une demande d'invalidité
dans le Maine et Loire pour une hernie discale opérée.
Toutefois, elle vous déclare qu'elle aimerait bien travailler,
mais dans un poste aménagé.
* Elle voudrait ouvrir ou récupérer ses droits
aux allocations familiales et se pose également le problème
du logement. Elle vous demande si vous ne sauriez pas où
s'adresser pour obtenir rapidement un appartement. La vie est
difficile au foyer et son enfant ne dort plus la nuit. Il est
infernal.
* Elle aimerait que vous fassiez un certificat pour qu'elle ait
l'aide médicale gratuite comme le lui avait fait son médecin
du Maine et Loire
- CAS N°3:
- Mr Philippe G.,
débarque dans votre ville, et vient vous voir pour prolonger
un traitement de substitution. Il vous amène un papier
comme quoi il était suivi dans le cadre d'une association
de prise en charge des toxicomanes du Nord.
Bien sûr il n'a pas un rond. Il vous signale que dans le
Nord il ne payait pas les consultations. Il bénéficiait
du 100%, sa carte en fait état.
Il n'a pas de travail et loge dans un camping en attendant des
jours meilleurs...
Sa dentition est épouvantable, et il présente un
abcès dentaire. Il vous demande si vous ne pouvez pas
l'adresser à l'hôpital pour faire ses premiers soins
dentaires.
- CAS joker:
- Mme B. Fatima,
49 ans, marié à Mr B. Kader 54 ans, invalide à
la suite d'un accident de la voie publique au Maroc (Fracture
du rachis lombaire opérée), est très dépressive:
- - elle a un fils
de 24 ans qui travaille comme manutentionnaire dans une entreprise
de fruits et légumes dans le Nord Bouches du Rhône,
et dont le salaire subvient aux besoins de la famille
- elle a une fille de 22 ans qui s'est autonomisée, vivant
avec un copain dans un appartement à son nom
- elle a deux autres fils de 21 et 19 ans, inactifs au chômage,
sans indemnité, et plus ou moins délinquants (drogue?)
- elle a un fils de 17 ans qui va au lycée, mais revient
à midi, car sa demande de bourse n'a pas été
instruite en temps voulu
- elle a deux autre fils de 15 et 12 ans scolarisés avec
des difficultés scolaires.
- Son mari ne travaille
pas, mais ne touche aucune invalidité. Son état
psychique fait qu'il se refuse à toute démarche.
Elle, de son côté touche le RMI.
- Les loyers (en
secteur privatif - appartement F5) sont impayés, et elle
n'arrive plus à joindre les deux bouts. Elle vous demande
si une démarche COTOREP pour reconnaître son mari
comme "adulte handicapé" ne serait pas possible.
- Par ailleurs elle
aimerait avoir un logement HLM, et vous demande un certificat.
-
- Les réponses des experts
à ces situations ont été les suivantes et
nous ont permis de glaner bien des informations pratiques:
- * Pour éviter
une coupure d'électrécité pour non paiement, EDF assure un minimum d'énergie,
mais seulement un mois. L' AS peut proposer un fond d'énergie
qui peut monter jusqu'à 2000F.
A noter: la mise à disposition (immédiate) de prêts
sans intérêt de la CAF selon le Quotient Familial
(QF)
- * L'AS reste le
passage obligé de toute demande d'aide financière
ou autre. Si difficultés
avec l'AS de secteur (ce qui arrive), il est possible de contacter
l'AS du collège (dans le cas présent). On peut
aussi s'appuyer sur le médecin scolaire ou l'infirmière.
L'AS du collège peut obtenir de l'administration la gratuité
des repas pendant la scolarité.
- * Pour récupérer
des pensions alimentaires, il existe une possibilité de
recouvrement des pensions par saisies sur salaires (CAF).
- * Les restos du
coeur bien sûr et aussi
des bons alimentaires
en épicerie donnés par certains CCAS (pas tous) peuvent aider à une
alimentation correcte
- * La nouveauté
de la cellule ACCES (qui n'existe
que dans certains départements, les précurseurs
ayant été la CPAM de Rennes) est de mettre en branle
tous les circuits d'aide alors qu'un légitime découragement
peut faire baisser les bras des demandeurs.
- * Une femme séparée
de son mari et étant son ayant droit peut avoir ses droits
ouverts en 48h avec remboursement des soins à sa nouvelle
adresse et sans que son mari soit au courant.
En cas de divorce, de séparation ou de décès,
les droits persistent durant les 4 années qui suivent.
- * L'aide Médicale
"Etat" peut s'obtenir en 24h pour quelqu'un domicilié
en centre agréé
(CHRS - Centre d'hébergement et de réinsertion
sociale -, VISA, Passerelle, etc...). On ne dit plus SDF, mais
SRS (Sans Résidence Stable). Le problème de logement
reste entier. En cas de recherche de domicile, le recours aux
travailleurs sociaux est indispensable. DECLIC est une association
vauclusienne réservée aux jeunes, qui permet une
avance de loyers, caution..... Le FSL (Fond Solidarité
Logement) offre une aide pour les cautions, assurances, EDF,
Gaz
- * L'APP (Assurance
personnelle provisoire): couverture
sociale d'emblée pendant trois mois sans appel de cotisation,
et la CPAM fait elle même les recherches pour pouvoir ouvrir
les droits. Les
RMIstes ont les droits ouverts d'office ainsi que l'aide médicale, mais il
faut en faire la demande. En
cas d'API (Allocation Parent Isolé) un accord
existe entre la CAF et la CPAM pour l'ouverture des droits
- * Ne pas oublier les aides financières
exceptionnelles distribuées, suivant les ressources, par
la CPAM pour la dentition,
l'optique et autres prestations liées à la maladie
(S'adresser aux Points accueil de la CPAM)
- Résumé: Jean Luc
VIDAL
Editorial : Une jeune fille de 20 ans
Elle a plusieurs pères (Bernard,
Philippe, François, Didier et les autre inconnus) mais
pas de mère...
Elle est née à Ste Marthe en Néphrologie
(vous savez? cet hôpital devenu Université...), mais
sa première enfance a eu lieu en la Mairie de Sorgues,
puis elle a souvent déménagé entre la chirurgie
digestive, le SAMU et la Maison des associations où elle
a choisi de crécher pour un moment.
Pendant que ses frères et surs préféraient
les grands restaurants, elle se contentait de nourritures plus
ou moins diététiques: chips, cacahouètes,
bières et petits gâteaux sucrés...
Elle est franchement indépendante, n'ayant pas voulu épouser
quelques barbons "hippés".
Elle aime les soirées animées d'un jeu de rôle
et sourit à la pertinence d'un cas clinique.
Escoleta, elle a 20 ans, des parrains et des marraines qui lui
préparent une belle fête qui s'annonce musicale,
théâtrale, marrante et dansante.
Escoleta vous invite nombreux à l'entourer le WE du 19
& 20 juin en famille, elle aime les petits et les grands....
Escoleta n'aime pas les formules toutes faîtes, alors si
on se souhaitait un brin d'amour, un soupçon d'humour et
des projets aussi passionnants les uns que les autres pour 2004.....
Jean-Luc Vidal,
un des parrains....
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