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Préambule : Ce texte a été écrit à partir des notes prises pendant les discussions du groupe 1 mais nous avons développé, à partir de nos notes prises durant le séminaire, certains points que nous n'avions fait qu'évoquer en groupe, faute de temps.
Le sous-groupe comprenait : Monique Binart, Olivier Brunetière, Monique Dainault, François Gros, Nathalie Leconte-Coutin, Patrick Ouvrard.
I) Le Contexte :
Qui ?
Un groupe de 22 médecins généralistes, pour
travailler et apprendre ( pas pour décider, ni pour apporter
un savoir) exerçant tous depuis plus de dix ans, hommes
et femmes ( à parts égales), intéressés
au contenu du séminaire tel qu'il était présenté,
prêts à se laisser surprendre.
Pourquoi ?
Voulant se frotter à une culture radicalement différente
Et ressentant le besoin d'éclairer les représentations
qu'ont leurs patients d'origine africaine de leurs maladies, mais
aussi d'une manière plus générale, d'éclairer
les représentations qu'ont leurs patients de culture différente.
D'où ?
De nombreuses régions de France (Anjou, Ile de France,
Sud-Est, etc.),
Exerçant en ville, en banlieue, à la campagne,
Souvent au contact d'une proportion importante d'immigrés
ou de descendants d'immigrés,
Où ?
Au Sénégal (c'est bien là, en Afrique, que
le dépaysement pouvait être perçu ; la fameuse
distance anthropologique !), un pays francophone (ça facilite
la découverte de la culture locale), dans un monde, l'Afrique
noire, qui suscite une fascination, une attirance certaines.
A M'Bour, port de pêche traditionnelle dont la spécialité
est de traiter le poisson pour en faire, une fois séché
et fumé "à l'ancienne", l'expédition
dans toute l'Afrique de l'Ouest mais aussi, un "haut lieu"
de tourisme parfois caricatural, modifiant, comme en bien d'autres
endroits de la planète, les réactions "spontanées"
d'une bonne part de la population.
Nous étions hébergés au centre de formation
en santé et développement " Thierno Saïdou
Nourou Tall " situé à l'ouest
de la ville, dans des quartiers résidentiels nouveaux et
construit sur le plan des villages traditionnels : il rassemble,
autour de deux cours inégales et contiguës, de multiples
cases en forme de ruches anciennes. L'une de ces cours réunit
une douzaine de chambres et l'autre de nombreuses salles de réunion,
le bar, les cuisines et la salle du restaurant. Tout ceci au cur
d'un jardin de plantes médicinales enchanteur, plein d'oiseaux
multicolores et d'odeurs subtiles à quelques mètres
de la plage. Ce lieu fût vécu comme un lieu intermédiaire,
de transition, presque de repos( !) et de ressourcement.
De là, nous sommes partis à la découverte
de plusieurs endroits : Les centres de soins, le centre des tradi-praticiens
près de Fatik, les familles d'accueil, la ville de M'Bour,
les marchés de Fatik et de M'Bour, le service de Psychiatrie
à Fann en banlieue de Dakar, les rues largement ouvertes
quadrillant les villes de maisons de parpaings sans étage,
presque toujours très animées.
Quand ?
En mai, à la fin du printemps et de la saison sèche,
juste avant les grosses chaleurs et la saison des pluies, qui
font tout reverdir.
Au bord de la mer (délicieuse à cette saison), et
presque toujours en vue d'un baobab
Avec qui ?
Des animateurs africains (2 psychosociologues, 1 médecin
professeur de santé publique) de différentes ethnies
et pays, mais résidant et travaillant au Sénégal,
et un anthropologue, initiateur du séminaire et co-initiateur
à la culture africaine, guidant ce travail d'approche des
participants et aiguisant leur réflexion sur leur propre
médecine. Ce séminaire était organisé
en partenariat entre la SFTG (Société de Formation
Thérapeutique du Généraliste)- France et
l'ISED (Institut de Santé et de Développement de
l'université Cheik Anta Diop de Dakar )- Sénégal.
II) Les différentes dimensions culturelles
1) L'espace, les espaces, le contrôle de l'espace
Dans les centres de santé, l'organisation de l'espace
semble connue ou pas surprenante , ressemblant à ce que
nous connaissons à l'hôpital, en dispensaire.
Dans nos familles d'accueil, ce qui frappe est l'importance des
espaces communs prolongeant les espaces intimes vers l'extérieur,
parfois même jusque dans la rue, profitant de l'ombre dense
d'un nim (arbre duquel on extrait la quinine), et favorisant ainsi
les interactions constantes entre les habitants d'un quartier,
les échanges de services...
Au premier abord les mouvements des personnes dans ces espaces
nous ont donné l'apparence d'un désordre, mais,
sous ce désordre, une logique se dégage : l'aptitude
à rentrer ou sortir, que ce soit dans les centres de santé
ou dans les familles, ne se fait pas au hasard, notamment les
femmes et les hommes ne parcourent pas les mêmes espaces
avec la même liberté : Ainsi la logique de parenté
fait que les sous-ensembles d'enfants d'un même père
ou d'une même mère étaient regroupés
en présence des visiteurs.
2) Le temps
Le rapport au temps est différent du nôtre. En
Afrique, beaucoup ont perçu que l'on pouvait prendre le
temps. Vous avez l'heure, moi j'ai le temps ! s'est-on entendu
dire...
Il existait un rythme des rencontres, aussi bien lors de nos
visites dans nos familles d'accueil que pendant les séjours
en poste de santé (mais aussi par " contamination
", dans les rapports entre les participants et avec les formateurs)
: D'abord un temps d'observation mutuelle, permettant à
chacun des protagonistes d'évaluer l'attente de l'autre
puis un temps d'échanges et de partage et enfin la collaboration
aux activités quotidiennes (par exemple participer à
la confection du repas en famille ou pratiquer certains gestes
en poste de santé).
A l'hôpital de Fann, nous avons pu également constater
une intégration délibérée du temps
au processus thérapeutique. Le patient passe d'un statut
" passif " " à son arrivée à
un statut plus actif voire devient co-thérapeute: C'est
le patient qui s 'est le plus amélioré qui anime
la séance de Pench et qui donne le tour de parole.
Malheureusement, nous n'avons pu approfondir cette question, faute
de temps ! (nôtre séjour n'était que de 9
jours).
3) Le corps
Les notions de pudeur et d'intimité nous sont apparues
différentes des nôtres. Par exemple, nous avons remarqué
que le sein n'était pas érotisé, du moins
dés qu'il a accompli sa fonction nourricière.
A l'hôpital de Fann, la question de l'intimité s'est
posée pendant la séance de Pench : Nous avons tous
été invités à intervenir mais nous
nous sommes demandé quelles questions pouvions nous poser
aux patients sans faire effraction ou intrusion, c'est à
dire sans blesser ni gêner ?
Dans les centres de santé l'examen clinique est réduit souvent au minimum( à l'essentiel ?) : regard et parfois, mais pas toujours, toucher. L'examen clinique nous a semblé en partie fonction des moyens thérapeutiques disponibles.
A Fatick, aucun examen clinique n'était pratiqué
par les guérisseurs. Par contre, le toucher peut avoir
la fonction de représenter l'évacuation de la maladie
(par exemple, le guérisseur crache dans ses mains, touche
le crâne du patient consultant pour maux de tête et
fait le geste signifiant analogiquement l'extraction de la maladie).
Ce qui concerne la sexualité a été difficile
à percevoir pour la plus part d'entre nous (il est vrai
que nous avons peu posé de questions) ; Cependant dans
les centres de santé, les questions de contraceptions semblaient
créer une ambiance plus détendue, avec un jeu de
séduction diffuse.
Les campagnes officielles de santé publique portent sur
ces sujets (MST, SIDA, planning familial) et de nombreux dessins
et affiches les évoquent dans un but pédagogique
sur les murs des dispensaires.
Il est à noter que ces campagnes visent essentiellement
le comportement personnel de l'individu.
4) Parenté
Les liens de parenté nous ont semblé fort complexes
et obéissant à des règles difficiles à
appréhender pour nous.
La majorité des hommes ont plusieurs femmes qui peuvent
être amener à cohabiter, les enfants sont pris en
charge par tout le groupe, la notion de chef de famille est extrêmement
importante et le respect à celui-ci est total (un adolescent
qui a osé dire non à son père est aussitôt
désigné comme fou par le groupe), il est fréquent
d'appeler frère, l'oncle maternel...
On pourrait rapprocher ces grandes familles des familles occidentales
dites recomposées mais, au Sénégal, la structuration
des liens est très forte et répond à des
règles très précises.
Il existe indéniablement un contrôle du groupe sur
l'individu : C'est vrai dans les familles ; Mais aussi chez les
guérisseurs où c'est le groupe qui est garant de
la compétence de chacun ; A l'hôpital de Fann lors
des séances de Pench (thérapie de groupe) ; En poste
de santé car l'infirmier vit prés du lieu où
il exerce...
5) Rituels et techniques
A Fatick, la dimension du rituel est évidente et au premier plan. Elle est plus cachée en poste de santé, là où le modèle occidental est le plus utilisé, mais nous a permis de réfléchir à nôtre propre pratique. Il nous a semblé que l'examen clinique que nous pratiquons quasi systématiquement avait entre autre une fonction de rituel, et que l'usage de nos instruments (stéthoscope, appareil de mesure de la pression artérielle...) permettait une médiation entre le malade, sa maladie et le médecin tout en créant une mise à distance du corps (il est d'ailleurs surprenant et amusant d'entendre nos très jeunes patients réclamer un examen clinique complet systématique, premier moment nécessaire pour eux, de l'acte thérapeutique).
III) METHODE
1) Identification des différentes sources d'information.
Tous les lieux où nous nous sommes immergés en
position d'observateurs participants : Familles, postes de santé,
Fatick, Hôpital de Fann, mais aussi au quotidien grâce
au contact permanent avec les autochtones. Sans oublier que nos
hôtes pouvaient également avoir un regard anthropologique
sur nous !
n Lecture d'articles d'anthropologie. ( Bibliographie proposée
par Dominique Brunetière )
n Conférences-débats avec différents intervenants.
n Travail et discussions avec nos formateurs
n Ce que nous connaissions ou ce que nous imaginions de l'Afrique
antérieurement au voyage, certains ayant déjà
séjournés en Afrique, d'autres soignant des patients
africains ou ayant des relations amicales...
2) Analyse et regard
Ce qui nous est d'abord apparu est l'importance de l'humour
dans toutes nos relations durant ce séminaire. Beaucoup
ont ressenti que l'humour était un préalable indispensable
à toute relation de partage ; Et ce qui est lié,
cette relation évoluait avec le temps lorsque plusieurs
rencontres ont pu avoir lieu, le partage du rire suscitant un
changement de niveau dans la relation.
Par exemple, dans les postes de santé, il arrivait souvent
que le premier jour, l'infirmier ne traduise ( de wolof en français
)aux observateurs les seules informations techniques médicales
que nous étions supposés attendre. Le lendemain,
dans une ambiance plus détendue, d'autres informations
concernant des aspects plus personnels étaient transmises.
Nous avons ainsi pu noter l'occupation de places successives,
la plus constante étant celle de touriste toubab (blanc)
à médecin qui vient travailler et apprendre, et
il nous a semblé que lorsque notre interlocuteur le savait
(nos accompagnateurs le disait volontiers aux personnes nous abordant
dans la rue), il changeait souvent de regard sur nous et nous
mêmes, soulagés, nous changions aussi. La relation
se modifiait alors.
Il est évident que les relations sont complexifiées
par le problème de l'argent (et sûrement par le passé
colonialiste). La pauvreté est une réalité
incontournable et a pu mettre mal à l'aise certains, induisant
un sentiment de dette (peut-être renforcé délibérément
par certains de nos interlocuteurs).
Le marchandage est une forme de relation, l'échange de
parole accompagnant obligatoirement l'échange d'objet.
Mais il nous a semblé que beaucoup de règles implicites
nous échappaient, en particulier nous nous sommes posé
la question des limites : Jusqu'où peut on faire descendre
un prix, par exemple ? Cela implique une évaluation de
l'attente supposée de l'autre qui renvoie en partie à
sa propre culture et à la représentation que l'on
a de la culture de l'autre.
L'immersion est un bon moyen d'apprendre ces règles implicites
à condition que l'on accepte la nécessaire confusion
(initiation ?) qui précède.
Nous nous sommes alors posé la question de savoir si notre
travail anthropologique n'était pas une forme " d'antidette
" (nous avons pensé que c'était un choix et
non une solution) mais aussi une prise de distance protectrice
permettant l'initiation.
IV) COMPARAISONS
1) Traditions et modernité
Les sénégalais nous ont paru faire fort bien cohabiter médecine traditionnelle et médecine moderne occidentale et tout à fait à même de distinguer les situations dans lesquelles il faut choisir telle ou telle médecine mais la recherche d'une cause à la maladie, le soucis du déterminisme, est constant et exprimé. (en France, il est plus caché, notre formation nous ayant appris à l'ignorer).
Nous avons pu observer l'utilisation du modèle occidental dans les postes de santé, touchant une population de proximité proche du contexte de travail d'un médecin généraliste en France mais avec un manque de moyens évident. Les différentes structures de soins sont très hiérarchisées (case de santé, poste de santé, hôpital).
A Fatick, à l'inverse, c'est le modèle traditionnel
qui est le modèle de référence mais là
aussi modifié par le regroupement de guérisseurs
venant de villages différents (hors de leur contexte traditionnel)
et répartis en différentes spécialités.
D'autre part, par une tentative d'évaluation utilisant
les outils de la médecine occidentale (interrogatoire et
examen médical classique, bilans sanguins..).
Les guérisseurs semblaient conscients des limites de leur
modèle, soucieux de complémentarité et d'échanges
(discussions des cas complexes sous l'arbre aux palabres , recherche
d'autres compétences si besoin, organisation d'un congrès
ayant pour thème l'apport des médecines traditionnelles
dans la maladie du sida...)
Pour un certain nombre de guérisseurs, la maladie est tout
de suite contextualisée au niveau familial et social et
pensée en termes de relations.
C'est à l'hôpital de Fann que le soucis de synthèse
entre médecine traditionnelle et médecine moderne
nous a paru le plus élaboré.
Cela tient peut-être au fait que, dans le champ des maladies
psychiatriques, la question du sens de la maladie est souvent
au premier plan pour le malade et son groupe d'appartenance et
la collaboration des deux médecines a très vite
été ressentie comme nécessaire. Cette articulation
entre modèle occidental et modèle traditionnel a
été rendu possible par la double appartenance culturelle
des médecins qui l'ont mis en place.
La famille consulte presque toujours parallèlement un
guérisseur. Celui-ci prend en charge le déterminisme
de la maladie (traitement étiologique dans leur logique)
et le médecin soulage les symptômes.
Nous avons pu observer une grande différence dans la façon
d'aborder la maladie psychiatrique au Sénégal et
en France : A Fann, un patient est toujours hospitalisé
accompagné d'un membre de sa famille qui participe activement
au traitement. Tout est fait pour ne pas séparer le malade
de son groupe (hospitalisations courtes). Alors qu'en France,
la famille est souvent considérée d'emblée
comme pathogène et le patient séparé de son
groupe familial.
La séance de Pench à laquelle nous avons eu la chance
d'assister nous est apparue condenser toutes ces représentations
dans une remarquable intelligence systémique, redonnant
au patient sa place de sujet tout en respectant son lien au groupe.
Paradoxalement, une des similitude observée entre médecine
traditionnelle et médecine moderne est la dépossession
du malade de sa maladie et le peu de place laissé au sujet.
Au Sénégal la maladie est donc essentiellement
l'affaire du groupe familial et social. Nôtre idée
du secret médical et de la relation thérapeutique
duelle a été mis à mal, plusieurs personnes
assistant aux consultations, d'autres faisant irruption sans frapper
(mais la porte restait souvent ouverte)- ce qui n'est pas sans
nous évoquer les consultations et les visites hospitalières
de nos études. Il semble difficile voire impossible de
faire respecter le secret de l'individu. Peut-être le secret
est-il à un autre niveau ?
Depuis l'apparition de maladies considérées comme
engageant la responsabilité individuelle telles que le
sida ou la toxicomanie, on observe une marginalisation et un rejet
du malade par le groupe.
Le groupe est fondamental et au premier plan comme besoin d'appartenance
traditionnel vital pour l'individu.
Certaines familles africaines poussent un de leur membre à
émigrer (pour des raisons économiques), tout le
groupe collabore pour réunir l'argent nécessaire
au départ, mais celui qui est ainsi désigné
pour partir contracte une dette sans fin, témoin obligatoire
de sa loyauté au groupe d'appartenance. L'individuation
n'est qu'apparente et ceci peut éclairer certains modes
de vie et certaines pathologies de nos patients d'origine africaine,
lorsque par exemple, l'un d'entre eux ne peut plus assumer l'envoie
d'argent.
En France, la maladie perturbe le corps mais son retentissement
sur le groupe est moins évident, si ce n'est en termes
de coût : Il existe des lois écrites (prise en charge
à 100%, les arrêts de travail, les accidents de travail...)
mais aussi des influences moins visibles car non " officielles
" : le médecin généraliste accorde un
arrêt de travail contre la logique biomédicale pour
répondre à une pression de l'individu ou, le plus
souvent à une pression sociale où l'arrêt
de travail permet une mise à l'écart temporaire
de stress réellement insupportables parce que non gérés
socialement.
L'individu se trouve alors pris dans une injonction paradoxale
: le groupe exhorte l'individu à être autonome, responsable,
toujours au maximum de ses capacités (sois autonome),
pouvant induire un sentiment personnel de culpabilité.
La société sénégalaise nous a semblé
en pleine mutation. Les sénégalais nous ont paru
conserver un vif attachement à leur culture traditionnelle
et en éprouver une certaine fierté, tout en étant
curieux de la culture occidentale, l'enviant par certains cotés
(essentiellement en ce qui concerne la réussite économique)
mais conscients de la richesse de leur propre culture, peut-être
en partie par l'intérêt que nous y portons.
Il nous a également semblé que l'on pouvait observer
en France un certain renforcement de ce besoin d'appartenance
à la culture d'origine (ou du moins de certains traits)
du fait de l'émigration (peut-être en raison des
changements nécessaires à l'adaptation puis à
l'intégration au pays d'accueil).
Nous avons été frappés du nombre impressionnant
de jeunes étudiants diplômés sans travail
et qui, à coté de petits boulots, investissent des
associations bénévoles pour promouvoir un développement
culturel et social. Par exemple à Mbour s'est créée
une association, qui, en partenariat avec une association française,
a ouvert une bibliothèque au cur de la ville et a organisé
le ramassage des ordures ménagères. Ce sont souvent
ces jeunes gens qui nous ont le plus volontiers parlé de
leur culture.
Le dialogue entre femmes fût facile, avec un sentiment d'intimité
rapide ; Ces femmes africaines que nous avons rencontré
semblant désireuses de changement, intéressées
par les questions de contraceptions, nous questionnant sur les
rapports conjugaux et familiaux en France.
2) Liens et cohabitation.
La cohabitation fût vécue par la plus part d'entre
nous comme extrêmement riche et gaie et de nombreux liens
ont pu se créer à la fois entre les participants
au séminaire, avec les formateurs, mais aussi avec tout
le personnel travaillant dans le centre. Il est vrai que l'architecture
du centre, cet intérieur où nous étions hébergés,
était propice aux échanges, notamment dans le jardin
où la circulation était conçue de telle sorte
que toujours on croise l'autre, créant de petits groupes
de discussion ça et là. Il y avait une sorte de
continuité concentrique depuis l'espace le plus intime,
les chambres, vers l'espace commun, le jardin et la plage, Mbour
jusqu'aux environs et Dakar.
De nombreux échanges ont pu également être
créés avec l'extérieur, c'est à dire
dans tous les lieux où nous sommes allés.
Il semble que cette médiation entre l'intérieur
et l'extérieur mais aussi entre les personnes à
l'intérieur même du groupe, a été rendue
possible par la présence de nos formateurs. De par leur
double appartenance culturelle (africaine et occidentale), ils
ont permis le lien entre la culture africaine et la nôtre,
mais aussi de part leur différence, que s'exprime dans
le groupe des médecins français la différence
de la différence, induisant une grande liberté de
parole et d'être soi-même, imprimant une dynamique
de changement.
François Gros et Nathalie Leconte-Coutin
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