Principaux objectifs.
(1) Mesurer parmi les femmes de 40 à 70 ans de la clientèle
des médecins généralistes des deux départements
franciliens (93 et 95) le taux de couverture mammographique (CM),
définie comme la proportion de femmes ayant passé
au moins une mammographie dans les 3 ans précédant
l'enquête ; (2) décrire la distribution des prescripteurs
: généralistes et gynécologues prescrivant
un dépistage individuel (DI), programme de dépistage
de masse (DMO - programme qui au moment de l'enquête existait
dans le 95 et non dans le 93) ; (3) analyser les facteurs prédictifs
d'absence de CM.
Méthode.
Un échantillon aléatoire de 1/10e des généralistes
des 2 départements a été contacté.
Pour chaque femme de 40 à 70 ans vue pendant 4 jours prédéfinis
le médecin devait remplir un questionnaire sur les caractéristiques
socio-démographiques et médicales de la femme, son
statut mammographique, le prescripteur et le motif de prescription
de la dernière mammographie.
Principaux résultats. Le taux de participation effective
des médecins a été de 73 % dans le 93 et
de 70 % dans le 95. 1660 femmes ont été incluses.
Dans le 93 deux tiers des femmes de 40 à 70 ans de cet
échantillon avaient une CM. Cette proportion était
la même avant et après 50 ans. Chez les femmes de
plus de 50 ans le prescripteur était le généraliste
2 fois sur 5 et le gynécologue presque 3 fois sur 5. Dans
le 95, 70% des femmes de 40 à 70 ans de l'échantillon
avaient une CM. Cette proportion était de 56% avant 50
ans et de 80% après 50 ans. Sur 7 femmes de plus de 50
ans ayant une CM, celle-ci provenait 3 fois du DMO, 3 fois du
gynécologue et 1 fois seulement du généraliste.
La part du DI restait supérieure à celle du DMO
dans l'échantillon du 95. Mais la part de prescription
du généraliste était plus faible dans le
95 que dans le 93.
Des facteurs socio-démographiques et médicaux liés
au risque de ne pas avoir de CM ont été mis en évidence
: femmes de plus de 60 ans, socialement défavorisées,
ayant des problèmes médicaux lourds (affection de
longue durée, invalidité), n'ayant pas de médicalisation
gynécologique (ni par le médecin généraliste
ni par un gynécologue) : pas de traitement hormonal substitutif,
pas de frottis dans les 3 dernières années, fréquentant
peu les médecins libéraux : pas de suivi par le
gynécologue, pas de suivi régulier par un généraliste.
Dans le 95, l'existence du DMO ne faisait pas disparaitre ces
inégalités. Le dépistage des généralistes
est plus orienté que celui des gynécologues vers
les femmes "socialement défavorisées"
: femmes de niveau d'étude inférieur au baccalauréat,
sans conjoint, sans activité professionnelle, n'ayant pas
de mutuelle, de catégorie socioprofessionnelle "travailleur
manuel" ou "artisans/commerçants". Il semble
que la prescription du généraliste favorise les
femmes qui de façon générale échappent
plus souvent au dépistage.
Conclusions. Cette
étude ne concerne que les femmes des clientèles
des généralistes. La CM des femmes qui ne voient
que les gynécologues est probablement élevée.
Mais nous ne savons rien de la proportion de femmes qui ne consultent
ni les uns ni les autres et qui devraient être la cible
principale du DMO. Des études dans la population générale
doivent être menées. Il serait important de mettre
en oeuvre des programmes de dépistage dont les modalités
organisationnelles permettant d'intégrer l'activité
de prescription mammographique des médecins libéraux
et d'éviter la démobilisation des généralistes.