Abstract
This paper summarizes the main elements of problem
oriented medical records (POMR), in the Weed's initial model,
and in the model recommended by the Agence Nationale pour le Développement
de l'Evaluation Médicale. The paper presents, a french
POMR computerized system. Required developpements and unsolved
questions to meet practice and evaluation needs are discussed.
1 Le concept de dossier orienté
problème
Mme J. L. est âgée de 69 ans, je la connais
depuis 1982. Elle a de nombreux problèmes de santé
(Figure 1) : cardio-vasculaires, métaboliques, pneumologiques,
psychiatriques, rhumatologiques, ophtalmologiques, gynécologiques,
urologiques. Ces problèmes sont chroniques et entraînent
des consultations fréquentes. A chaque consultation un
ou plusieurs problèmes sont au premier plan. Certains problèmes
peuvent être quiescents pendant des mois ou des années,
avant de revenir au premier plan. Après plusieurs années
de suivi, le dossier de Mme L. contient un grand nombre de données
sur son histoire médicale.
Lorsque le dossier de Mme L était sur support papier, les
données étaient entremêlées, empilées
chronologiquement, et pour faire le point sur un problème
il fallait manipuler divers documents : notes de consultation,
résultats biologiques, courriers des correspondants, comptes
rendus d'hospitalisation... Une structuration des données
à grand renfort de fiches cartonnées de couleurs
différentes avait un peu amélioré la situation,
mais la tenue à jour des fiches était fastidieuse
et chronophage.
Mme L. est un bon exemple de patient dont le dossier médical
peut bénéficier du concept de dossier orienté
problème (problem oriented medical record : POMR).

Le concept s'appuie sur trois constats simples :
les patients pris en charge par les médecins généralistes
ont des problèmes multiples, et à chaque contact
plusieurs de ces problèmes sont abordés ;
la prise en charge de ces problèmes est étalée
sur une longue période.
le dossier médical doit permettre de visualiser aussi bien
l'ensemble des problèmes abordés lors d'un contact
que le suivi longitudinal de chaque problème.
L'article princeps de Weed sur le POMR a été publié
dans le New England Journal of Medicine et 1968 [1]. Les deux
éléments originaux du POMR étaient la liste
des problèmes et une méthode particulière
de structuration des données saisies lors des rencontres.
La liste des problèmes est la colonne vertébrale
du dossier. Elle contient tous les diagnostics et états
significatifs potentiellement utiles à connaître
pour la suite de la prise en charge. Une anomalie clinique ou
biologique inexpliquée peut également y être
notée. Il en est de même pour les éléments
psychosociaux importants. Un problème est toujours inscrit
à son plus haut niveau de résolution : après
une fibroscopie le problème "pyrosis fréquent"
devient "hernie hiatale sans oesophagite". Pour chaque
problème, les dates de début et de fin sont notées.
La liste des problèmes est à la fois un résumé
de l'histoire médicale du sujet, un reflet de la situation
actuelle (problèmes actifs), et une table des matières
du dossier.
La deuxième originalité du POMR est la méthode
proposée pour saisir les données pendant la consultation,
résumée par l'acronyme SOAP. Pour chaque problème
sont recueillis, et classés par problème, les éléments
subjectifs (S), c'est à dire apportés par le patient,
les éléments objectifs (O) issus de l'examen clinique
et des examens complémentaires, l'appréciation (A)
portée par le médecin sur le problème (en
anglais : assessment), et le plan (P) de prise en charge du problème.
On peut se représenter les données comme le contenu
d'un tableau avec autant de colonnes que de problèmes et
quatre lignes correspondant aux quatre niveaux S, O, A et P (Figure
2).
Cette méthode permet au médecin de structurer sa
démarche : prise en compte de tous les problèmes,
reconnaissance des éléments apportés par
le patient au niveau S, temps de réflexion au niveau A
avant de passer au niveau P, celui-ci devant être cohérent
avec les niveaux qui le précèdent.
| Problème 1 | Problème 2 | Problème 3 | |
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Le modèle du POMR a eu un grand succès dans
les pays anglo-saxons, en particulier par son intérêt
pédagogique, et a donné lieu à une abondante
littérature enthousiaste dans les années soixante-dix
[2, 3, 4]. En France un groupe de travail réuni en 1996
sous l'égide de l'Agence Nationale pour le Développement
de l'Evaluation Médicale (ANDEM) a émis des recommandations
pour la tenue du dossier médical en médecine générale
[5]. Le groupe a analysé la littérature sur le POMR,
a reconnu l'intérêt du modèle, et a proposé
de simplifier la méthode SOAP, en particulier en raison
de la difficulté à faire la part du subjectif et
de l'objectif. La description d'une douleur typiquement migraineuse
n'est-elle pas une donnée objective ? Inversement la constatation
d'une matité à la percussion d'une base thoracique
est-elle exempte de subjectivité ? Le groupe a recommandé
de distinguer 3 types de données : les données significatives,
la conclusion et les décisions relatives à chaque
problème (Figure 3). Les données significatives
sont celles qui permettent d'aboutir à la conclusion :
données d'entretien, d'examen clinique, résultats
d'examens complémentaires, informations issues de courriers
de correspondants ou de comptes rendus. La conclusion est le "trait
d'union intellectuel" entre les données significatives
et les décisions.
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Une qualité primordiale du dossier est de pouvoir présenter ensemble toutes les données cliniques et paracliniques relatives à un problème, recueillies sur une longue période, et dégagées des données relatives à d'autres problèmes. Comme Weed l'avait déjà perçu il y a trente ans, seule l'informatique permet cette plasticité. Le concept de dossier orienté problème a été intégré dans des logiciels développés dans plusieurs pays européens [6, 7, 8, 9]. En France la situation est différente. Dans une enquête récente [10] menée auprès de 21 éditeurs de dossiers informatiques pour la médecine générale, 12 déclaraient connaître le concept, mais 7 seulement estimaient qu'il était intégré dans leur logiciel. J'ai eu la possibilité d'examiner 3 de ces logiciels qui, en réalité, ne permettaient pas de structurer les données par problèmes.
2 Un exemple de logiciel français orienté
problème
Dans le cadre d'une expérimentation menée
par la Société de Formation Thérapeutique
du Généraliste (SFTG) [11], j'utilise un logiciel
qui permet la structuration des données par problème,
sans l'imposer : il peut également être utilisé
de manière classique en mode chronologique. Les pages qui
suivent décrivent l'utilisation du logiciel dans le mode
orienté problème afin d'illustrer le concept.
En mode problème, toutes les données saisies lors
d'un contact et relatives à un problème constituent
un bloc. Au sein du bloc le logiciel propose de distinguer entre
motif, examen clinique, et décision.

En cliquant sur le bandeau "Episode non lié"
on accède à un menu déroulant comprenant
tous les éléments de l'historique (Figure 5). La
sélection d'un élément de l'historique lie
le bloc à cet élément. Si le bloc correspond
à un nouveau problème il est possible, sans quitter
la zone de consultation en mode problème, de créer
un nouvel élément d'historique. De la même
manière on peut lier des éléments de biologie
ou des comptes-rendus à des éléments de l'historique.
La liaison d'un bloc de données à un problème
(ici BPCO), fait apparaître à l'écran, sous
ces données, les éléments précédemment
liés au même problème, qu'il s'agisse d'autres
consultations, de comptes-rendus ou de résultats biologiques.
On peut les parcourir à l'aide de la bande de défilement
verticale (Figure 6).
Pendant une consultation on peut créer autant de blocs
de données que de problèmes identifiés. On
peut lier chaque bloc à un problème de l'historique.
On peut visualiser l'ensemble des données saisies pendant
la consultation en basculant en mode chronologique (Figure 7)
: ici un deuxième bloc de données correspond à
l'état dépressif.
Dans la zone historique chaque élément peut être
"expansé", ce qui permet de visualiser toutes
les données qui lui sont liées (Figure 8).


Ainsi donc, si l'utilisateur travaille en mode problème
et lie systématiquement les données saisies aux
éléments de l'historique, le système permet
une vue des données par problème, aussi bien à
partir des consultations qu'à partir de l'historique. Il
correspond bien au modèle du POMR avec ses deux principes
: une liste de problèmes et une saisie structurée
par problème pendant les consultations.


3 Evolutions attendues et questions à résoudre
Comme tous les logiciels de gestion des dossiers médicaux
disponibles aujourd'hui en France, ce logiciel doit évoluer,
s'améliorer.
Dans la zone de saisie des consultations en mode problème
il faudrait remplacer "épisode" par "élément",
"examen clinique" par "données significatives",
intégrer une zone "conclusion" avant la zone
"décision". Ces ajustements sémantiques
peuvent sembler sans importance, mais il ne faut pas oublier que
l'interface a un rôle à jouer pour aider le médecin
à structurer sa démarche.
Des améliorations de l'ergonomie et de l'interface sont
souhaitables, pour faciliter la création de liens et la
consultation des données liées, mais ces améliorations
dépendent en grande partie de l'évolution du logiciel
de programmation.
Ce logiciel structure les données par problème.
Il semble nécessaire d'introduire un deuxième niveau
de structuration par épisode de soins, complémentaire
de la structuration par problèmes (Figure 9). Un épisode
de soins se définit [12, 13] comme l'ensemble des recours
au système de soins pour un problème jusqu'à
ce que celui-ci soit considéré comme résolu,
ou jusqu'à ce que le patient cesse de recourir au système
de soins pour ce problème. Un épisode de soins peut
se réduire à un seul recours (exemple : consultation
unique pour faire le diagnostic et traiter une cystite simple).
A l'opposé un épisode de soins peut durer de nombreuses
années, voire jusqu'au décès du sujet (exemple
: prise en charge continue d'un diabète). La notion d'épisode
de soins est particulièrement intéressante pour
les problèmes récurrents : (exemples : infections
urinaires ou ORL à répétition, rechutes dépressives).
L'épisode de soins semble être une unité d'analyse
plus pertinente que la rencontre ou le problème pour l'évaluation
médico-économique des pratiques.

Enfin si la notion de problème est reconnue comme opérante
pour la structuration des données et la prise de décision
en médecine générale, un certain nombre de
questions reste à résoudre. Comment prendre en compte
les sous-problèmes c'est à dire "les problèmes
contenus dans des problèmes" tels que la rétinopathie
du diabétique, l'insuffisance cardiaque du coronarien ?
Comment traiter les données qui intéressent plusieurs
problèmes à la fois ? Comment éviter que
la segmentation en problèmes empêche la compréhension
synthétique du sujet ? La notion de problème semble
par essence contradictoire avec celle de standardisation, de codage.
Comment articuler ces notions pour permettre la création
de "groupes homogènes de malades" en médecine
ambulatoire, à des fins évaluatives ? Autant de
questions qui justifient le développement d'un champ de
recherche à l'interface de la médecine générale
et de l'informatique médicale.
Références
[1] Weed LL. Medical records that guide and teach.
N Engl J Med 1968; 278: 593-600 et 652-7.
[2] Rakel RE. The problem-oriented medical record (POMR). Am
Fam Phys 1974; 10: 100-11.
[3] Froom J. An integrated medical record and data system for
primary care. Part 6: a decade of problem-oreinted medical records
: a reassessment. J Fam Pract 1977; 5: 627-30.
[4] Margolis CZ. Problem-oriented record. A critical review. Paediatrician
1979; 8: 152-62.
[5] Agence Nationale pour le Développement de l'Evaluation
Médicale (ed). La tenue du dossier médical en
médecine générale : etat des lieux et recommandations.
Paris.: ANDEM, 1996; 91 pages.
[6] Barnett GO, Jenders RA, Chueh HC. The computer-based clinical
record. Where do we stand ? Ann Intern Med 1993 ; 119:
1046- 8
[7] Salmon P, Rappaport A, Bainbridge M, Hayes G, Williams J.
Taking the problem oriented medical record forward. Proc AMIA
Annu Fall Symp 1996; 463-7
[8] Linnarsson R, Nordgren K. A shared computer-based problem-oriented
patient record for the primary car team. Proc Medinfo95
1995;8 Pt 2:1663
[9] Romeu J, Sotos F, Ros L, Ortiz A. Health record problem-oriented
information system. Proc Medinfo95 1995; 8 Pt 1: 297
[10] Marie-Cardine I. Les logiciels de gestion du dossier médical
en 1996 et leur utilisation par les médecins généralistes.
Faculté Cochin Port-Royal, Paris, 1998. Thèse pour
le doctorat en médecine.
[11] Beaumadier L, Ouvrard P, Falcoff H. Rôle d'une association
de formation médicale continue dans le processus d'informatisation
des médecins généralistes : le cas de la
SFTG. In: Informatisation du Cabinet Médical du Futur
Venot A, Falcoff H (eds). Paris: Informatique et Santé,
Springer-Verlag 1999 (11): pp. 173-182
[12] Lamberts H, Hofmans-Okkes I. The core of computer based patient
records in family practice: episodes of care classified with ICPC.
Int J Biomed Comput 1996; 42(1-2): 35-41.
[13] Lamberts H, Hofmans-Okkes I. Episode of care: a core concept
in family practice. J Fam Pract 1996; 42(2): 161-9.