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L'homme est le remède de l'homme Malango, là où les guérisseurs se donnent la main Mbour, malade de sa croissance rapide Envoyé spécial à M'Bour du quotidien National Sénagalais LE SOLEIL |
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Rapport de travail du premier groupe. |
Le séminaire sur l'anthropologie de la maladie, ouvert
vendredi matin au centre de formation en santé et développement
Saïdou Nourou Tall de Mbour, amorce à n'en pas douter
une ère nouvelle en ce qui concerne la relation entre le
praticien médical et son patient.
A ce rapport traditionnellement situé sur un plan purement
professionnel et technique, celui du médecin auscultant
sans état d'âme son malade pour lui prescrire une
ordonnance, il est de plus en plus substitué une autre
attitude qui se veut plus cordiale, plus compréhensive
à l'égard des sentiments du patient, de ses angoisses,
de ses croyances pour enfin parvenir au véritable objet
de la médecine qui est de soigner le malade.
Ce séminaire, placé sous l'égide de la SFTG
(Société de Formation Thérapeutique du Généraliste)
a été ouvert sous la présidence du préfet
de Mbour. Au nom du ministre de la Santé, il a souhaité
la bienvenue aux participants et un enrichissement réciproque
de cette expérience qui met en commun les acquis de la
médecine moderne et de la médecine traditionnelle.
La SFTG se préoccupe de la formation continue des médecins
généralistes, de recherche en médecine, ainsi
qu'en sciences humaines et sociales (philosophie, éthique,
anthropologie).
Le choix de Dakar pour tenir ce séminaire découle,
en fait, d'une approche engagée depuis au moins une dizaine
d'années de faire une jonction dynamique entre la médecine
et les sciences humaines. Après avoir conduit le même
type d'expérience au Portugal. Dakar, capitale d'un pays
africain et francophone, s'est trouvée ainsi naturellement
dans le champ des sites intéressant cette recherche.
Il est vrai qu'en Europe, en France en particulier, les médecins
reçoivent en consultation des Africains, tout comme des
Asiatiques et d'autres peuples qui ont une culture et des croyances
différentes, ils ont donc une pratique "inter-culturelle".
Ces patients sont autant de personnes dont une bonne connaissance
du milieu socio-culturel d'origine peut être "un plus
appréciable" pour le praticien dans sa consultation.
Pour le Dr François Baumann, président de la
SFTG, il est important de pouvoir comprendre le patient à
travers sa personnalité culturelle : "cette démarche,
dans la relation humaine, trouve son fondement dans le fait que
la différence amène la réflexion et que celle-ci
est toujours informative... Il n'y a pas de certitudes, on essaie
d'aller plus loin, on vient à l'école de la médecine
traditionnelle, non pour remporter quelque chose, mais pour compléter
des connaissances sur l'homme".
La relation de soins
Il s'agira, bien entendu, de tirer les leçons de ce séjour,
afin de les appliquer en Europe, notamment par des publications
qui seront entre autres sur Internet. Les sciences humaines sont
entrées dans la formation des médecins en Europe
et l'anthropologie de la maladie justifient plus que jamais son
objet à écouter les praticiens. Le Dr Jean-François
Renault affirme avoir souffert du "trop scientifique
de certaines prises en charge médicale ; il faut se rappeler
que la relation de soins est la rencontre entre deux personnes
et pour améliorer cette rencontre, l'anthropologie se pose
comme un bon outil, elle démontre que la médecine
est aussi un rouage dans la culture".
François Paré, médecin généraliste,
est tout aussi intéressé par cette formation qui
devrait lui permettre, soutient-il : "d'une part d'asseoir
les connaissances acquises, de pouvoir mieux gérer les
besoins des populations, enfin sortir de cette dialectique du
tout technique et du tout chimique pour revenir à une vraie
médecine de l'homme".
Toute la problématique semble être là : "l'homme
est le remède de l'homme...", rappelle le Pr Serigne
Mor Mbaye, psychologue clinicien citant un dicton de la langue
ouolof. Dans sa communication sur "La représentation
de la maladie au Sénégal", il souligne cette
croyance bien ancrée dans le subconscient du Sénégalais
et de l'Africain qui soutient que : "la maladie a toujours
une cause, au-delà de la cause organique, elle ne vient
jamais au hasard et recèle toujours une cause liée
à l'espace imaginaire. La tendance est toujours d'aller
vers le devin et les pratiques divinatoires ou chez les tradipraticiens,
c'est une nécessité, une réassurance que
le guérisseur traditionnel traduit d'une certaine manière
quand il dit - le médecin (formé à l'école
occidentale) soigne, nous (tradipraticiens), on guérit".
Le psychologue clinicien de conclure que la démarche du
tradipraticien est de pouvoir "reconstituer l'ère
humain dans sa dimension - organo-psychique -".
Le traumatisme vécu par certaines femmes lors de l'accouchement
dans les hôpitaux et les souvenirs de soins et autres interventions
sous le sceau de la violence et de la souffrance restent vivaces,
même si l'accouchement s'est bien déroulé.
Ce souvenir traumatisant "empoisonne" toute une vie,
si la reconstitution de l'être humain, dans sa dimension
totale, n'est pas réalisée, si l'on enferme la magie
de la naissance dans la relation mécanique et froide de
l'univers hospitalier. Dans sa "Clinique de la différence",
le Pr Ari Gounongbé souligne bien ce qui interpelle
le médecin dans sa relation avec le patient et qui se cache
dans le voile pudique ou inconscient ou inconscient du "non-dit",
le médecin a tendance à projeter l'image qu'il a
des soins en oubliant que le patient aussi a son histoire.
Immersion culturelle
Ce que le Pr Serigne Mor Mbaye a appelé "l'hypermédicalisation"
dans les institutions sanitaires doit, sans doute, faire l'objet
de plus de circonspection, particulièrement au moment où
la médecine occidentale revient sur certaines pratiques
traditionnelles en Afrique, alors que les jeunes médecins
africains continuent d'appliquer ce qu'ils ont appris à
l'école occidentale. Cette préoccupation va de pair
avec la nécessité d'affecter des spécialistes
de la psychologie au niveau des structures sanitaires et de former
également le personnel à cette connaissance.
Le Pr Dominique Brunetière, l'un des animateurs de ce séminaire,
avec le Pr Serigne Mor Mbaye, le Pr Ari
Gounongbé et le Dr Issa Wane, est anthropologue.
Il précise que le but de la formation est d'atteindre plus
d'efficacité dans la pratique clinique des médecins.
Le Pr Brunetière est conscient des résistances
qui existent par rapport à cette démarche innovante.
Ce détour anthropologique doit pourtant se faire dans une
relation naturelle entre le médecin et l'anthropologue.
Il entre d'ailleurs dans l'air du temps, ainsi que nous le confie
le Pr Brunetière : "les autorités ont pris
conscience de la nécessité d'avoir une vision plus
large, plus humaine de la maladie et du travail du médecin".
En effet, le ministère de la Santé en France va
rendre obligatoire (à la rentrée scolaire prochaine),
dans les écoles de médecine, une formation et un
certificat optionnel de 2ème cycle en ethnologie, sociologie
et anthropologie de la maladie.
Les 22 médecins généralistes, psychologues,
anthropologues et autres sociologues en séminaire à
Mbour sont déjà bien convaincus de la nécessité
d'aller davantage vers le malade, pour découvrir la face
cachée de son mal, au-delà des signes apparents
et symptômes que la médecine sait déceler
et cataloguer de façon scientifique. Ils l'ont fait par
différentes approches, communications scientifiques suivies
de débats, mais aussi visites sur le terrain au contact
des réalités du système de santé sénégalais,
ils ont pratiqué une immersion culturelle, grâce
à l'accueil dans les familles mbouroises et également
la rencontre (avant-hier dimanche) avec les tradipraticiens et
guérisseurs du centre de médecine traditionnelle
de Malango dans les alentours de la ville de Fatick.
Il décrivait déjà ses préoccupations,
le Pr agrégé Issakha Diallo, directeur
des Etudes de l'ISED (Institut de Santé et Développement/UCAD)
lors de son allocution, à l'ouverture des travaux, en soulignant
que : "malgré la différence des perspectives
de la médecine individuelle (pratiquée en France)
et celles de médecine de la santé publique, médecine
de masse (pratiquée au Sénégal), nous avons
aujourd'hui les mêmes soucis d'humaniser nos approches et
stratégies de résolution des problèmes de
santé des individus et des collectivités... Nos
seules techniques et technologies médicales, malgré
leurs évolutions prodigieuses et impressionnantes, ne peuvent
à elles seules résoudre tous les problèmes
de santé des populations... La santé n'est pas seulement
l'absence de maladie. Elle est un complet état de bien-être
physique, mental et aussi et surtout social".
Selon le Pr Issakha Diallo, cette approche de la santé
situe toute l'importance de la sociologie et de l'anthropologie
dans la compréhension des problèmes de santé
et par conséquent des possibilités de leur apporter
des solutions idoines. Les médecins français vont
poursuivre leur séjour studieux au Sénégal
jusqu'au 16 mai prochain, après avoir bouclé un
riche programme en passant par la région de Dakar, ses
environs et surtout l'hôpital Fann de Dakar où s'est
développé une expérience d'anthropologie
de la maladie menée par le Pr Colomb et dont parlera
le Pr Momar Guèye dans un exposé sur "L'école
de Dakar".
Jean Pirès (Envoyé spécial
à Mbour) 11 mai 1999 http://www.primature.sn/lesoleil
Les guérisseurs de Malango, le centre expérimental
de médecine traditionnelle à Fatick, ont accueilli,
dimanche dernier, le groupe de 22 médecins français
en séminaire sur le thème de l'antropologie de la
maladie. Une occasion bien utilisée par nos hôtes
pour s'informer un peu plus sur la pratique de nos guérisseurs
et tradipraticiens dont la réputation a franchi les océans
pour attester de leurs connaissances et de leur savoir-faire.
Le séminaire sur l'anthropologie de la maladie, ouvert
le vendredi 7 mai au centre de santé et développement
Saïdou Nourou Tall d'ENDA Tiers-monde, à Mbour, a
en effet l'ambition de s'imprégner davantage de la culture
sénégalaise à travers ses coutumes et moeurs,
mais également de faire une plus ample connaissance avec
la pratique médicale dans nos structures sanitaires et,
comme c'était le cas à Malango, de faire un tour
d'horizon sur ce qui se fait en matière de médecine
traditionnelle dans ce centre, l'un des rares regroupements de
guérisseurs africains à s'investir ainsi sur un
large plateau de spécialités médicales dans
le seul but d'apporter leur savoir au bien-être de l'homme.
En accueillant les hôtes au milieu d'une foule de guérisseurs,
le directeur de Malango, le Dr Eric Gbodossou a salué cette
présence de médecins formés à l'école
occidentale et rendu hommage à leur quête de savoir
qui les honore en tant que praticiens. Gbodossou s'est fait l'interprète
de cette communauté forte de quelque 450 guérisseurs
(dont 22 % de femmes) qui se sont engagés unanimement à
la cause de la médecine.
La médecine traditionnelle, pratiquée à Malango,
s'appuie sur la connaissance des plantes et leur utilisation à
des fins thérapeutiques (phytothérapie). Elle s'accompagne
souvent de libations, d'incantations, de pratiques mystiques et
de divinations. La pratique de la voyance par les cauris, par
exemple, est très courante, mais il y a aussi d'autres
sortes de divinations par des signes cabalistiques tracés
sur le sable par exemple ou encore par la science des Saltigués.
Ces hommes et femmes dotés du pouvoir de la voyance et
dont la science, mise au service de la communauté, a été
éprouvée à travers le temps et les lieux.
C'est en 1976 que le centre de Malango a démarré
ses activités après de longs préalables engagés
par le Dr Gbodossou et son équipe, notamment pour la sélection
de praticiens traditionnels efficaces, le souci étant au
départ de barrer la route au charlatanisme. Ces guérisseurs
ont la particularité d'être tous originaires de la
région géographique du Sine, en pays sérère.
Une option que l'on doit au maître du Dr Gbodossou, feu
le Pr Henry Colomb qui avait entrepris en 1976 de travailler avec
les guérisseurs traditionnels et de mettre en valeur leur
savoir au service de la communauté.
Aujourd'hui, le centre de Malango fonctionne avec plusieurs unités
de soins regroupant, par souci pratique, les guérisseurs
par arrondissement et commune. Après le franchissement
du centre d'accueil où le patient décline son identité,
sa filiation et ses antécédents familiaux et sociaux,
l'orientation est faite vers le laboratoire de diagnostic et d'analyses
qui utilise des techniques modernes, une simple formalité
avant l'orientation vers le spécialiste de la maladie indiquée
dans une unité de soins qui regroupe généralement
quatre guérisseurs en permanence. Les chiffres fournis
par le centre parlent de quelque 7.800 "familles" (groupes
de personnes d'une même famille : cela représente
environ 21.000 patients) accueillies au cours des 10 dernières
années.
Les statistiques de l'organisation ENDA Tiers-monde annoncent
au moins 65 % de guérison, mais des études américaines
(école de Tulane à New Orléans et Morehouse
à Atlanta) parlent d'un pourcentage d'au moins 90 % de
bons résultats. Les grands succès de Malango sont
répertoriés dans le traitement du diabète
et de l'asthme entre autres maladies. Le guérisseur Sara
Sagne affirme qu'il n'y a pas de maladie qui rebute la science
des guérisseurs de Malango, mais encore faut-il arriver
avant l'étape ultime de la mort, car cette maladie là
n'est pas soignée dans le centre... ni ailleurs.
En remerciant les guérisseurs du centre, le Dr François
Baumann, président de la SFTG, a remis une enveloppe symbolique
(150.000 FCFA) qui devrait permettre, ainsi que le disait le Dr
Gbodossou, de soutenir le fonctionnement de Malango. "Ce
qui convient, ce qui est bien", c'est la traduction en langue
sérère du nom de ce centre expérimental où
les guérisseurs se donnent la main, pour "l'honneur
et la dignité", pour enfin faire de leur structure
originale, un réceptacle permanent d'espérance et
de succès en matière de médecine et de traitement
de la maladie.
Jean Pirès (Envoyé spécial
à Mbour) 15 mai 1999 http://www.primature.sn/lesoleil
Le contact avec le système de soins sénégalais,
à travers les postes de santé du district sanitaire
de Mbour a permis aux médecins français en séminaire
sur le thème de "l'anthropologie de la maladie",
au centre Saïdou Nourou Tall de se faire une idée
du rapport des praticiens, en l'occurrence les infirmiers chefs
de poste et les sages-femmes, vis-à-vis de leurs malades.
Avec ses 167.288 ha pour une densité moyenne de 175 ha
au kilomètre, le district de Mbour est promis à
un bel avenir si l'on considère qu'il est situé
au carrefour des régions du pays et bénéficie
en outre d'une grande activité économique (ressources
halieutiques et tourisme). Ce sont également des raisons
suffisantes pour militer au déploiement rapide du plan
de développement sanitaire de Mbour (1997-2001) souhaité
par les professionnels du secteur de la santé. Ce plan
se préoccupe en priorité de l'augmentation des infrastructures
sanitaires qui sont au nombre de 16 postes de santé dont
5 postes situés en zone urbaine (soit un poste pour 23.445
ha) et 11 postes en zones rurales (soit un poste pour 4.329 ha).
L'abaissement du taux de mortalité et de morbidité
maternelle et infantile, la lutte contre les endémies locales
(paludisme, lèpre, tuberculose, recrudescence des MST/Sida),
l'insuffisante prise en charge des cas sociaux, les problèmes
d'hygiène et ceux liés à l'insuffisance de
moyens logistiques et de personnels (5 médecins dont 4
privés ; 37 infirmiers ; 2 chirurgiens dentistes ; 11 sages-femmes)
sont autant de problèmes cruciaux placés en priorité
dans ce plan de développement.
Mbour commune, avec ses 9 quartiers, rassemble à elle seule
plus de 55 % de la population totale du département comprenant
notamment l'arrondissement de Nguékhokh - communauté
rurale de Nguékhokh - et la communauté rurale de
Malicounda. L'intérêt du contact à ce niveau
du maillon sanitaire, nous confiait le Dr Issa Wone, est
que le poste de santé est "l'élément
opérationnel par essence du système de santé
publique sénégalais". C'est là que sont
prodigués les premiers soins, après le premier diagnostic
et les analyses éventuelles sollicitées par le chef
de poste. Une ordonnance médicale est alors délivrée
au besoin et s'il s'avère nécessaire, le patient
peut déjà être orienté vers les hôpitaux,
structures situées à un niveau supérieur
du système de santé et comportant notamment un plateau
technique plus pointu, des médecins généralistes
et des spécialistes des diverses pathologies.
Rythme lent et continu
L'ambiance dans les postes de santé a fortement marqué
les médecins français, si l'on en juge par leurs
réactions. Dr Marie Bénédicte Hibon
était au poste de santé de Nguékhokh, à
12 km de Mbour. Cette femme médecin avoue avoir été
impressionnée par "le rythme lent et continu d'arrivée
des patients et l'assurance de l'infirmier avançant directement,
avec simplicité, essayant de rendre service au mieux avec
une oreille attentive pour les malades. Il y a indéniablement
une grande dose d'humanisme dans les soins, mais surtout un degré
de rapidité et de diagnostic qui m'a l'air adopté
aux besoins des gens. Je trouve que notre pratique habituelle
est assez proche de ce que nous avons vu dans les postes de santé,
notamment pour le diagnostic au "feeling" en médecine
générale, même si nous pouvons constater que
certains pathologies sont peu courantes chez nous". Revenue
de Malicounda Bambara à 5 km de Mbour, le Dr Monique Binart
a fixé ses premières impressions sur la bonne organisation
du poste de santé, l'accueil et l'écoute de l'infirmier.
"J'ai été étonnée de trouver
les soins de bonne qualité, une efficacité dans
les diagnostics te une entente dans l'équipe de soins".
Dr Binard sert en campagne, non loin de Paris et se trouve
souvent face à des patients africains, asiatique, antillais,
etc... Ce médecin généraliste, avec plusieurs
années de pratique et d'étude dans cet environnement,
estime avoir une idée assez large des pathologies tropicales.
Il estime que l'approche anthropologique a un intérêt
certain en ce qu'elle engage à "écouter davantage
les personnes afin de comprendre ce qui se passe vraiment".
Le Dr Jean Monceix était à Somone, à
8 km de Mbour et il garde une impression très positive
également. Il a estimé que "la procédure
de prise en charge du malade est la même dans la pratique
: on fait les analyses épidémiologiques par intuition,
par habitude et les examens complémentaires suivent. La
différence se retrouve peut-être dans les moyens
mis en oeuvre qui sont plus importants en France".
Le Dr Monceix fait cependant une remarque intéressante
quand il avance qu'en France, les gens vont beaucoup plus voir
le médecin pour une aide psychologique, alors qu'au Sénégal,
le service sollicité est surtout une aide somatique, on
soigne beaucoup plus le corps. Même s'il existe des tradipraticiens
en France, il faut reconnaître qu'ils sont un peu marginalisés
et en fin de compte, nous jouons les deux rôles, celui du
tradipraticien et celui du médecin. Il y a aussi des cultures
différentes entre Paris, la Bretagne, Marseille, la Corse,
Lille ou l'Alsace.
L'approche et l'écoute du malade, en référence
à ce qu'il ressent, pèsent ainsi de tout leur poids
dans la conduite thérapeutique. Cette immersion dans l'environnement
sanitaire sénégalais voulait surtout être
une "Observation-participante" selon le mot des anthropologues.
Elle aura été l'occasion pour ces médecins
privés de faire eux-mêmes quelques soins, d'apporter
un avis consensuel sur quelques diagnostics et bien sûr
devoir parfois les "faiblesses" de ce système
sanitaire qui pêche surtout au niveau des moyens mis en
place.
Lors de leurs séances d'évaluation, les médecins
ont été critiques. On attendait pas moins des hommes
de l'art et de la science. Si la découverte de Malango
a été intéressante à plus d'un titre,
elle aura toutefois laissé bien des interrogations, voir
des suspicions chez certains, malgré l'assurance faite
par le Dr Eric Gbodossou en présence du président
des guérisseurs traditionnels, Sara Sagne, sur l'existence
d'un comité d'éthique et de contrôle pour
sanctionner tout manquement à la déontologie. Elle
rime ici avec le respect d'autrui, l'utilisation du savoir et
des connaissances pour le bien-être des hommes, le rejet
de tout charlatanisme et du mercantilisme qui détruisent
plus qu'ils ne soignent. Par ailleurs, la "délocalisation"des
sites traditionnelles où les guérisseurs pratiquaient
habituellement dans leur terroir d'origine influencerait-elle
l'efficacité de ces praticiens traditionnels ? C'est une
question qui a été posée et qui reste ouverte
quand bien même les guérisseurs ont été
consultés avant la création et l'implantation sur
le site de Malango.
Le Pr Serigne Mor Mbaye en essayant d'apporter de la lumière
à ces interrogations rappelait notamment la pratique symbolique
du "wékhal" (littéralement blanchir),
consistant à faire, en échange du service demande,
un don symbolique au tradipraticien. La santé n'a pas de
prix, mais son coût, même modique comme à Malango,
est une réalité incontournable.
Ecole de Dakar
La pratique des guérisseurs traditionnels a toujours des
secrets mystiques et inviolables qui peuvent certainement dérouter
l'esprit cartésien. Le Pr Dominique Brunetière
l'a sans doute compris après de longues années de
vie en Afrique. C'est sans doute pour cela qu'il soutient bien
haut que dans la "culture africaine des logiques contradictoires
peuvent très bien être intégrés et
évoluer ensemble".
La médecine moderne et la médecine traditionnelle
étaient au coeur de l'autre débat introduit vendredi
matin par le Dr Moussa Bâ, un moment bien mis à
profit pour "saisir"quelques généralités
de cet ensemble "magico-fétichiste" dont parlait
Serigne Mor Mbaye et qui entoure le traitement par la phytothérapie
dans la médecine traditionnelle. Le guérisseur est
finalement perçu comme une sorte de psychologue doublé
d'un bon thérapeute dans son travail d'approche du mal
et de mise en confiance du patient. L'exposé du Pr Momar
Guèye et la visite de la clinique de psychiatrie, mercredi
au CHU de Fann à Dakar, ont donné une autre idée
des formes de thérapie traditionnelle< au Sénégal.
"L'école de Dakar" en psychiatrie présenté
par le Pr Guèye ne pratique pas la médecine traditionnelle
dans son traitement du malade, elle a seulement compris qu'il
fallait laisser le malade dans ses croyances et son environnement
quotidien pour prétendre le guérir. Cette approche,
soulignait le Pr Momar Guèye, on la doit à feu le
Pr Henry Collomb qui a suscité entre 1959 et 1978,
date de son départ de Dakar, une rupture d'avec l'ancien
modèle "asilaire" de traitement du malade en
psychiatrie, au bénéfice d'un modèle plus
ouvert sur l'environnement du patient qui n'était plus
enfermé et isolé, mais placé dans un lieu
ouvert et accompagné d'un membre de sa famille (qui joue
le rôle d'intermédiaire avec le corps médical)
tout au long d'un traitement dont la moindre des particularités
est qu'il permet le recours aux techniques thérapies traditionnelles
telles que le "ndeup" que les accompagnants du patient
peuvent organiser, s'ils le désirent, en dehors du milieu
hospitalier. Le mérite du Pr Collomb, initiateur de l'école
de Dakar, aura ainsi été de jeter un pont entre
la pratique médicale moderne et celle traditionnelle en
faisant appel à une équipe pluridisciplinaire d'ethnologue,
anthropologue, de sociologue alliés aux médecins
dans une optique évidente : mieux comprendre l'homme, ses
croyances et son environnement afin de mieux soigner son mal.
En cela, le Pr Collomb fut un précurseur et les principes
de son école qui font autorité aujourd'hui, notamment
à travers la fameuse thérapie de groupe du "penc",
emprunté à la place publique du village traditionnel
où l'on règle en général les problèmes
et les différends qui entravent la marche de la société.
Le séminaire sur l'anthropologie de la maladie a pris fin
samedi dernier, mais il ouvre d'ores et déjà des
voies d'explorations nouvelles dans lesquelles les hommes de l'art
vont s'engager, c'est du moins le sentiment général
que l'on retient de cette rencontre d'échange qui ouvre
au mieux-être de l'homme.
Jean Pirès (Envoyé spécial
à Mbour) 19 mai 1999 http://www.primature.sn/lesoleil