Séminaire SFTG
Les bases de données médicamenteuses

 Samedi 19 décembre 1998, faculté de médecine Cochin, Paris.

 1° SOUHAITS ET ATTENTES DES PARTICIPANTS

Contenu de la base de donnée médicamenteuse

Y trouver les pages " saumon " du Vidal (accessoires, diététique)
Pouvoir prescrire autre chose que des médicaments (compresses, métiques)
Avoir les excipients
Connaître le coût des médicaments
Voir la photo du médicament, et sa boîte

Les interactions médicamenteuses, sécurité de la prescription

Il serait souhaitable de disposer des :
associations contre-indiquées, y compris avec les génériques, et le niveau de gravité des interactions médicamenteuses
interactions par spécialité, par famille de médicaments
interactions avec le malade (contextuelles)
des niveaux d'alarme paramétrables

et de pouvoir :
tenir compte du traitement de fond, du traitement du spécialiste par rapport au traitement actuel du malade
présenter les allergies aux excipients
prévenir des limites de prescription par rapport à l'âge, le poids, la créatinine

Aspects touchant à l'ergonomie et la recherche

Lisibilité, interface conviviale, rapide, avec liens hypertexte pour naviguer par rubrique sur chaque fiche médicament grâce aux têtes de chapitre de chaque fiche médicament.
Entrée par nom commercial, dénomination commune internationale, classe thérapeutique, spécialité médicale, indication (Autorisation de Mise sur le Marché), contre-indication, aspect du médicament (couleur, forme)
Pouvoir aller de la Dénomination Commune Internationale au médicament
Visualiser les dernières modifications d'un médicament
La base de données médicamenteuse doit s'interfacer avec différents codages des pathologies.
Complète pour ne plus utiliser le Vidal papier
Possibilité de personnalise la base
Rendre facile l'interface entre logiciel de dossier médical et base de données médicamenteuse, dans ce contexte, souhait de 2 parties :
- base externe avec mises à jour
- base interne personnalisée alimentée à partir de la base externe
par lien hypertexte

Informations complémentaires

Pouvoir l'utiliser comme outil de formation, en y incluant les fiches de transparence, des compléments tirés de revues telle Prescrire.

Indépendance, validité

Garder une distanciation par rapport au " tout savoir "
La base de données médicamenteuse doit être indépendante, valable et validée, à égalité avec les autres, garder une pérennité, et laisser une maîtrise du logiciel à l'utilisateur
L'indépendance existe-t-elle s'il y a seulement 2 bases de données médicamenteuses ?
Qui valide (et comment) les informations de la base de données médicamenteuse
l'Agence du Médicament ne ferait-elle pas sa banque de données médicamenteuse ?
Avoir un logiciel de dossier médical qui permet le choix des banques de données médicamenteuses

Mises à jour

Fréquentes, faciles, de qualité
informations actualisées avec les nouveautés, avertir des changements, des nouveaux médicaments, et des modifications sur les médicaments déjà existants

Coût

De départ, et des mises à jour.
prescrire du plus cher au moins cher
 2° LA BANQUE CLAUDE BERNARD

présentée par M Gérard Simon.

L'entreprise

La Banque Claude Bernard est supportée par la société Resip, fondée en 1981, elle fut d'emblée informatisée, il n'y a jamais eu de version papier.
Ses premiers clients ont été les pharmaciens, 5.500 à ce jour.
Elle a été fondée par 3 universitaires, un ex-interne qui travaillait chez Bull (M. G. Simon), et 2 commerciaux.
En 1997 elle a été rachetée par un répartiteur pharmaceutique : Alliance Unichem.
Actuellement la Banque Claude Bernard est utilisée par 3000 médecins, et intégrée par 32 éditeurs dans leur logiciel de dossier médical.
Elle emploie 30 personnes, dont une dizaine diplômés médecins ou pharmaciens.
Elle s'est associée avec la banque hospitalière Thériaque depuis 6 mois . (Internet www.theriaque.org)

La Banque Claude Bernard peut désagréer certains logiciels de dossier médical qui ne respecteraient pas certains critères. Exemples : un éditeur n'indiquant que certains génériques et pas d'autres en raison d'accords passés avec un laboratoire pharmaceutique. Ou non respect de choix de prescription : impossibilité de prescription de pilule à 15 ans, si le logiciel de dossier médical considère une jeune de 15 ans encore comme enfant.

Le thesaurus, les classifications des pathologies

Elle est basée sur un thesaurus de mots clés produit par produit extraits de l'enregistrement de l'intégralité des Autorisations de Mise sur le Marché.
Par indications, par contre-indication, (toutes deux sont interfacés avec la CIM 10), et aussi par précautions d'emplois
La CIM 10, qui est très répandue en France et à l'étranger, a une granularité extrêmement fine, pour les indications on choisit un code précis avec la CIM 10, pour les contre-indications, on prend une plage de codes très large
On dispose d'un bouton pour aller au texte original si l'alerte ne suffit pas
Les mots-clés sont choisis pour chaque forme d'un médicament, il ne sont donc pas communs à une substance.
On ose rajouter des informations non données par le laboratoire pharmaceutique si on le juge utile.
On a interfacé la CISP avec la CIM 10, et le Locas belge, donc on laisse le choix du thesaurus au médecin.
Le moteur fondamental de la banque est la CIM 10, le reste de l'accès (vers la CISP par exemple) c'est du réglage informatique
La Banque Claude Bernard contient ces thesaurus
De la CISP vers la CIM 10 la granularité va de 1 à 7, donc en utilisant la CIM 10, - qui peut le plus peut le moins - , et la CIM 10 est très répandue en France et à l'étranger.

Posologies

Les posologies sont structurées, la banque fait le calcul selon le poids du patient, et calcule le nombre d'unités par jour, et avec la durée le nombre de boîtes.

Interactions, alertes

On peut informer la banque de la pathologie du patient, de sa famille, des allergies du patient
Il y a des alertes passives, sur interactions, contre-indication, grossesse/allaitement, Référence Médicale Opposable, allergies. Les alertes sur les précautions d'emploi sont prévues, mais c'est plus complexe à mettre en place.
Dans la Banque Claude Bernard, il y a un ensemble de moteurs pour les interactions et les intolérances, le logiciel de dossier médical envoie 1 ou 2 codes CIP, la Banque Claude Bernard cherche et renvoie les résultats au logiciel, les éditeurs gèrent eux-mêmes l'affichage.
On peut enregistrer l'intolérance " personnalisée " type nocebo d'un produit qu'un seul patient ne supporte pas.

Recherche, classifications thérapeutiques, prescription

On peut faire une recherche par produit, par Dénomination Commune Internationale, par classe thérapeutique, excipient, forme galénique, nom de laboratoire pharmaceutique, familles
Il est possible de sélectionner certains produits par le médecin.
Si on choisit Clamoxyl®, la Banque Claude Bernard rappelle les indications de l'Autorisation de Mise sur le Marché, et l'équivalent CIM 10, on peut consulter la monographie du produit avec le texte original de l'Autorisation de Mise sur le Marché (avec indications, contre-indications, effets indésirables, précautions d'emploi et mises en garde), la composition du produit, y compris l'excipient (sous leur appellation officielle européenne), les excipients sont regroupés dans des classes chimiques d'allergies
Il y a donc des classifications thérapeutiques, plusieurs classifications possibles au choix du médecin (ATC, EphMRA, classification RESIP)
On peut faire une prescription à partir de la pathologie
Les laboratoires pharmaceutiques répugnent à donner certaines informations, il est par exemple difficile de savoir la composition des gélatines des gélules
On peut chercher de la métologie, et constituer à partir de là des prescriptions personnalisées
Il y a la photo ou le dessin des accessoires sur la base des pharmaciens, dans la base Sopharmex également associée à RESIP, il y a les descriptions des pilules, comprimés, etc, mais pas des boîtes
Il y a 14.000 références d'homéopathie, y compris de conseil pharmaceutiques, la Banque Claude Bernard contient les produits grand public et conseil pharmaceutique.
La loi interdit au médecin de prescrire en Dénomination Commune Internationale, et au pharmacien d'honorer la prescription, donc la Banque Claude Bernard propose les génériques avec le nom du laboratoire

Prescription personnalisée, prix des médicaments

" mes posologies " s'ajoutent, et ne se substituent pas aux posologies de la Banque Claude Bernard, c'est d'ailleurs en texte libre, et on peut y écrire ce qu'on veut, le médecin ne peut pas changer les posologies de l'Autorisation de Mise sur le Marché, seulement les siennes.
Il y a des données économiques, y compris la base de remboursement TIPS.
Possibilité d'optimisation du prix de l'ordonnance, après l'optimisation, s'il y a une différence d'excipient générant une allergie, une alerte réapparaît.

Aspects financiers, mises à jour

L'abonnement est de 1 an (avec 3 mois de grâce en attente de réabonnement), la Banque Claude Bernard garde les posologies personnelles, les mises à jour ne touchent pas aux posologies personnelles
il y a 2000 modifications par mois, de tous niveaux, mineures d'une composition (colorant), de posologie, d'indication, de contre-indication, d'allergies. Problème : comment formuler cela dans un document lisible ? la Banque Claude Bernard ne le fait pas, on ne peut pas savoir s'il y a un changement en appelant la fiche patient.
Exemple : au début de sa commercialisation un générique d'une spécialité, était non sécable, contrairement au princeps, la Banque Claude Bernard donnait l'alerte au médecin, car le traitement d'attaque commence par des demi comprimés.
La Banque Claude Bernard est financée uniquement par les utilisateurs, tant qu'elle fait du bénéfice, il ne devrait pas y avoir de soucis avec Alliance Unichem.

Les sources d'information

Les Autorisations de Mise sur le Marché officielles obtenues auprès de l'Agence du Médicament ou des laboratoires pharmaceutiques, la veille scientifique, le " Meyler's sides effects of drugs " qui est une revue d'informations, la veille publicitaire
Les produits qui ne sont plus commercialisés sont conservés au moins 1 an dans la Banque Claude Bernard.
La Banque Claude Bernard n'invente pas de mots, elle utilise ceux de la CIM 10, de la CISP, des Autorisations de Mise sur le Marché.

Procédure de qualité

Les procédures de qualité nous préoccupe au plus haut point, déclare M. Simon, car il n'existe pas de banque sans erreur.
Une fois par an, est conduite une révision de toute la banque, avec relecture par des internes entre autres.
Il n'y a pas en France de processus de qualification des banques de données médicamenteuse, l'Agence du Médicament travaille sur un cahier des charges de qualification

RESIP équipe une pharmacie sur 4, il y a 2 banques de données médicamenteuses chez les médecins, et 3 chez les pharmaciens.

 3° MEDIAVIDAL

La société éditrice, l'historique

OVP (Office de Vulgarisation Pharmaceutique), propriétaire du VIDAL® existe depuis 1912. Le 1er VIDAL® est paru en 1914, le Guide National de Prescription il y a 10 ans. OVP édite aussi le VIDAL® de la Famille, ex-VIDAL® du particulier.
L'informatique a commencé il y a 10 ans. MEDIAVIDAL® a été lancé il y a 2 ans et intègre les 3 fonds documentaires cités plus haut.
Les laboratoires pharmaceutiques financent le dictionnaire VIDAL® - distribué gratuitement aux médecins ­ en payant leurs monographies au millimètre/colonne.
OVP a des accords avec la BIAM (Banque d'Informations Automatisée sur le Médicament), financée par les industriels, et avec la SEMP (Société d'Édition Médico-Pharmaceutique), OVP fournissant l'information sur les médicaments et la SEMP, celle sur les accessoires.

L'origine de l'information

OVP contrôle les monographies transmises par les laboratoires en les comparant avec les Résumés des Caractéristiques des Produits délivrés par l'Agence du Médicament lors des Autorisations de Mise sur le Marché.
70 % des textes subissent chaque année des modifications.
MEDIAVIDAL® contient tous les produits du marché français de ville.
Les thesaurus viennent de listes de références de termes. Par exemple, pour la galénique, on utilise des listes européennes ou, pour les substances, celle de l'Organisation Mondiale de la Santé ; s'il n'y a pas de liste officielle, elle est créée.
Le thesaurus des contre-indications consiste en une organisation hiérarchisée des libellés des contre-indications des RCP. Un travail du même type est en cours pour les indications (donc non inclus dans MEDIAVIDAL® actuellement).
La BIAM apportera les thésaurus sur les effets secondaires et précautions d'emploi.

La recherche d'information, le contenu

MEDIAVIDAL® peut être distribué avec sa propre interface ou intégré dans un logiciel.
L'accès à l'information se fait par 4 index : dénomination du médicament, nom de la substance active, classe pharmacothérapeutique ou nom du laboratoire exploitant. A l'appel d'un de ces critères, les médicaments correspondants apparaissent par ordre alphabétique avec le prix du conditionnement et de l'unité de prise, leur statut vis à vis du remboursement, l'existence d'interaction médicamenteuse et leur lien avec une RMO. Des tris peuvent être faits sur chacun de ces critères.
Pour un médicament donné, on peut rechercher les produits équivalents (même DCI, même dosage, même forme pharmaceutique), ainsi que les interactions de ce médicament ; Il est également possible de détecter des IAM entre 2 ou plusieurs médicaments. A tout moment, on peut se reporter à l'information complète de la monographie VIDAL® ou du GNP. Une fonction " recherche multicritère " permet de croiser les items suivants : classe thérapeutique, substance active, excipient pertinent, forme galénique, voie d'administration, contre-indication, inscription sur liste de substances vénéneuses, conditions de remboursement, mode de distribution, assujettissement à une RMO et bientôt indication.
L'équivalent des pages saumon du VIDAL® papier viendront avec le dictionnaire de la SEMP.
On peut interroger par synonymes de médicaments, pas encore par synonymes d'excipients.
Tous les médicaments sont dans MEDIAVIDAL®, y compris ceux qui ne sont pas dans le VIDAL®, (source : Agence du Médicament), limité uniquement aux commercialisés, (ceux qui ont une Autorisation de Mise sur le Marché et ne sont pas commercialisés, ne sont pas dans MEDIAVIDAL®)
Tous les médicaments de conseil pharmaceutique sont dans MEDIAVIDAL®.

Les interactions

Le module " interactions " permet de déceler les interactions médicamenteuses d'un médicament ou d'une série de médicaments entre eux. Les 4 niveaux de gravité de l'interaction sont paramétrables.

Les contre-indications

Des liens avec le dossier-patient peuvent être réalisés pour créer des alertes.
La CIM 10 n'est pas faite pour alerter sur les contre-indications des médicaments ; certaines contre-indications ne s'y trouvent pas ou mal, ce qui peut donner des fausses alertes, ou pas d'alertes, ou des incohérences.

Rédaction d'ordonnances

Les données sont exportables.
On peut faire des ordonnances types (liste de médicaments), ajouter des notes. MEDIAVIDAL® est intégré au logiciel de dossier médical.
MEDIAVIDAL® proposera bientôt les posologies structurées, avec intervalle, et alerte si on dépasse, , adaptable selon la phase du traitement (initiale, entretien), le contexte (le poids, l'âge, la surface corporelle), la fréquence et la durée d'administration.
Le coût de traitement journalier peut être calculé par les éditeurs de logiciel de dossier médical ; MEDIAVIDAL® comprend le prix moyen des médicaments non-remboursés.

Site Internet

OVP va ouvrir un site où il y a l'équivalent du VIDAL® papier, avec 4 entrées : médicament, substance active, classe thérapeutique, laboratoire pharmaceutique.
On y trouvera une rubrique " actualités " sur tout ce qui peut changer sur les médicaments, avec mise à jour chaque semaine.
Les informations sur les nouveaux produits sont en lien avec les laboratoires pharmaceutiques, et n'apparaissent que lors de la présence effective en officine : de nombreux produits obtiennent des Autorisations de Mise sur le Marché et ne sont pas disponibles, ceux-là ne seront pas indiqués.
L'accès sera réservé par login gratuit.
Les fiches de transparence seront sur le site Internet

Procédures de contrôle

La banque est contrôlée chaque mois lors des extractions pour Internet.
La banque est éditée sur papier une fois par an : c'est le Guide National de Prescription ; sa lecture peut être considérée comme procédure de contrôle.
MEDIAVIDAL® est construit par un directeur scientifique, 2 médecins, 12 pharmaciens, 2 documentalistes, plus quelques étudiants, et un panel d'experts (cités dans le Guide National de Prescription).
En septembre 99, sortira une nouvelle banque plus complète.

L'Agence du Médicament a édicté une charte de qualité pour les banques de données qui veulent être sur le RSS. OVP a adhéré à cette charte car la banque VIDAL® est en cours d'agrément par la Direction Générale de la Santé.

 4° CONCLUSIONS

La Banque Claude Bernard a plusieurs longueurs d'avance sur MédiaVidal, début janvier 99. Elle comporte plus de fonctions, d'entrées, etc.
Les gens de MédiaVidal travaillent à les rattraper, et y arriveront sans doute.
Le prix pour un praticien est similaire.
La validité des sources paraît bonne des 2 côtés sous le double critère de la recherche de la qualité scientifique et de l'indépendance.
Plus problématique, le maintien de cette indépendance dans l'avenir : la Banque Claude Bernard vient d'être intégrée au groupe Alliance Unichem, et MédiaVidal à Vivendi.

PS : intéressant d'entendre M Simon dire que la Banque Claude Bernard est utilisée par 3000 médecins, qui donc ceux-là ont un logiciel de dossier médical, admettons autant pour MédiaVidal, ça veut dire 6000 médecins utilisant réellement un logiciel de dossier médical au cabinet.
Question : ou alors énormément utilisent un logiciel de dossier médical sans base de données médicamenteuse, ou les libéraux sont beaucoup moins informatisés que ce que l'on dit.

Compte-rendu : Luc Beaumadier
En mars 1999 :
- la partie " Claude Bernard " a été relue par M. Gérard Simon,
- la partie " Média-Vidal " a été relue par Mme Catherine Bonjean.
Ils ont précisé quelques informations, ou corrigé quelques imprécisions.

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